Un ami entrepreneur m’a un jour conseillé un livre en me disant une phrase toute simple : « celui-là, il a changé ma manière de voir les choses. » Le titre, à lui seul, ne m’aurait jamais donné envie. Les dieux voyagent toujours incognito, de Laurent Gounelle. Ça ne parlait pas de reconversion, ni de peur, ni de rien qui ressemble à mon quotidien de formatrice. Et pourtant.
Je l’ai lu récemment, et à mesure que j’avançais, je me suis surprise à souligner des passages, à corner des pages, à me dire « ça, c’est exactement ce que je vois chez mes accompagné·es en bilan de compétences. » Alors je me suis dit : autant en faire un article, plutôt que de garder ça pour moi.
Le problème : on croit nos peurs plus vraies que la réalité
Si tu lis cet article en te demandant si tu es capable de changer de métier, de te lancer, de demander cette évolution qui te semble hors de portée, tu vas peut-être te reconnaître dans ce que je raconte.
Le roman suit Alan, un jeune homme au bord du gouffre, au sens propre, sauvé in extremis par un inconnu qui l’embarque dans un pacte étrange : il accepte de tout faire, sans savoir pourquoi, en échange de sa vie sauvée. Ce qui m’a frappée, ce n’est pas l’intrigue en elle-même, un peu rocambolesque par moments. C’est ce qu’Alan comprend, une fois l’aventure terminée : il n’a pas changé en tant que personne. Il est resté le même. Mais il a découvert que la plupart de ses peurs n’étaient que des constructions de son esprit, des dragons qui semblent immenses et menaçants, et qui s’évaporent dès qu’on ose les regarder en face.
C’est exactement ce que j’observe, encore et encore, en bilan de compétences. Des personnes convaincues qu’un poste, une formation, une reconversion leur est fermée. Pas parce que c’est vrai. Parce que la peur a pris toute la place, et qu’elles n’ont jamais osé la regarder de près.
Le basculement : regarder le dragon, pas le contourner
Dans le livre, rien ne se débloque en évitant la peur. Ça se débloque en la traversant, en l’examinant, en découvrant qu’elle repose souvent sur une histoire qu’on s’est racontée, pas sur des faits.
C’est là que je fais le pont avec mon métier. Un bilan de compétences, ce n’est pas un test qui te dit « va par là. » C’est un espace où on prend le temps de regarder ce qui te semble impossible, et de vérifier : est-ce vraiment un mur, ou est-ce une peur à laquelle tu n’as jamais osé faire face ? Très souvent, en creusant, on trouve des compétences, des expériences, des ponts que la personne ne voyait pas, parce que la peur avait déjà tranché avant même qu’on cherche.
Le livre m’a aussi rappelé une chose que j’essaie de vivre dans ma posture d’accompagnatrice : on ne peut pas changer quelqu’un à sa place. On peut juste lui montrer un chemin, et lui donner envie de l’emprunter. Ce n’est pas à moi de décider pour la personne que j’accompagne. C’est à elle de choisir, mais encore faut-il qu’elle voie qu’il y a un choix, et pas juste un mur.
Ce que tu peux en retenir, concrètement
Tu n’as pas besoin d’avoir vécu un pacte avec un mystérieux inconnu pour appliquer ça à ta situation. Quelques pistes simples, inspirées de cette lecture :
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- Nomme ta peur précisément. « J’ai peur de ne pas y arriver » ne dit rien. « J’ai peur qu’on me dise que je suis trop âgée » ou « j’ai peur de ne pas avoir le bon diplôme », c’est déjà un dragon qu’on peut regarder en face, et souvent vérifier.
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- Distingue le mur réel du mur imaginé. Un mur réel se vérifie (un prérequis administratif, par exemple). Un mur imaginé se dissout souvent dès qu’on pose la question à voix haute, ou qu’on regarde ce que d’autres, dans une situation comparable, ont réussi à faire.
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- Cherche ce que tu as déjà, pas ce qui te manque. C’est tout l’esprit d’une VAE ou d’un bilan de compétences : partir de l’expérience réelle plutôt que du diplôme rêvé.
Et si un mot d’un roman peut faire ce travail-là pour toi aujourd’hui, tant mieux. Ce n’est pas rien.
Pour finir : pourquoi ce titre
Le titre s’explique très tard dans le livre, aux trois quarts, à peu près. L’idée, empruntée à Einstein selon l’auteur (une phrase largement citée, à prendre avec la prudence qu’on accorde aux citations qui circulent) : ce qu’on appelle le hasard n’en est peut-être pas un. Les dieux voyageraient incognito, à travers des rencontres et des événements qu’on croit fortuits. Une belle image pour une lecture qui, pour moi, n’avait rien d’un hasard non plus.
Si le sujet des peurs qui bloquent une évolution professionnelle te parle, j’en parle aussi dans mon article sur le bilan de compétences quand on ne sait pas encore où aller.
Le livre, si tu veux le découvrir : Les dieux voyagent toujours incognito, Laurent Gounelle
Envie de regarder tes propres dragons en face ? On en parle ?
FAQ
Ce livre parle-t-il vraiment de reconversion professionnelle ? Pas directement, c’est un roman de développement personnel centré sur la confiance en soi et le dépassement des peurs. Mais les mécanismes qu’il décrit s’appliquent très bien à une transition professionnelle.
Faut-il avoir lu les autres livres de Laurent Gounelle avant ? Non, celui-ci se lit très bien seul.
Le bilan de compétences peut-il vraiment m’aider à voir mes peurs autrement ? Oui, c’est justement l’un de ses objectifs : distinguer ce qui te bloque réellement de ce que tu crains sans l’avoir vérifié.


