Le fameux diagramme « ikigai » que tu utilises en bilan de compétences ne vient pas de ce livre — et ça change tout

Temps de lecture : 4 minutes

Le diagramme ikigaï à 4 cercles, je l’utilise depuis longtemps dans mes accompagnements. Je choisis rarement un livre au hasard, et celui-ci moins que les autres : j’utilise l’ikigai comme outil dans mes bilans de compétences, alors dans une logique d’amélioration continue, je me suis dit qu’approfondir ma compréhension du concept à sa source ne pouvait que nourrir mes accompagnements. J’ai donc écouté Ikigai, de Héctor García et Francesc Miralles, LE livre à l’origine du mot devenu si populaire en développement personnel et en coaching de carrière.

Sauf que le contenu ne correspondait pas du tout à ce que j’attendais. Et en creusant pourquoi, j’ai découvert quelque chose d’assez énorme, que je n’avais jamais réalisé avant.

Le problème : je pensais retrouver mon outil de bilan de compétences

L’ikigai que j’utilise en accompagnement, tu le connais sûrement aussi si tu as déjà croisé ce mot : un schéma à quatre cercles qui se chevauchent, ce que tu aimes, ce pour quoi tu es douée, ce dont le monde a besoin, ce pour quoi tu peux être payée. L’intersection des quatre, c’est ton ikigai. Un outil redoutablement efficace en bilan de compétences pour faire émerger un projet professionnel qui a du sens.

En ouvrant ce livre, présenté partout comme LA référence sur le sujet, je m’attendais à trouver ce schéma développé, expliqué, approfondi. À la place : un livre entièrement centré sur la longévité, l’alimentation, l’activité physique, les habitudes de vie des centenaires d’Okinawa. Passionnant sur le fond, mais très éloigné de l’outil de carrière que je pratique.

Le basculement : ce diagramme ikigaï n’existe même pas dans ce livre

En cherchant à comprendre ce décalage, j’ai découvert que le fameux diagramme à quatre cercles n’est pas japonais, et qu’il n’a pas été créé par les auteurs de ce livre. Il a été inventé en 2014 par un blogueur britannique, Marc Winn, qui a superposé le mot japonais « ikigai » à un schéma préexistant sur le « purpose » (le but), conçu par l’Espagnol Andrés Zuzunaga. García et Miralles l’ont ensuite repris dans une édition de leur livre, en petite note en bas de schéma, mais ce n’est pas leur création, et ce n’est surtout pas le concept japonais d’origine.

L’ikigai japonais, le vrai, tel que le décrit ce livre, est beaucoup plus simple et beaucoup plus quotidien qu’un outil de carrière : c’est la joie d’être occupé, une petite raison de se lever le matin, qui n’a souvent rien à voir avec le travail, un jardin, une conversation, un geste répété avec soin. Les Japonais d’Okinawa que les auteurs ont interrogés, souvent centenaires, ne parlent presque jamais de « trouver leur ikigai » comme d’une quête à résoudre une bonne fois pour toutes. C’est un fil continu, pas un aboutissement.

Ce que le livre apporte vraiment : l’état de flux

Passé ma déception initiale, une partie du livre a fini par me servir concrètement : le chapitre sur l’état de flux, ce moment où on est tellement absorbé par une tâche qu’on en oublie le temps qui passe. Les auteurs s’appuient sur les travaux du psychologue Mihaly Csikszentmihalyi et proposent des techniques très concrètes pour y entrer plus souvent : viser un défi ni trop facile ni trop difficile, se fixer un objectif clair sans en faire une obsession pendant l’action, et surtout, se concentrer sur une seule tâche à la fois.

Ce dernier point m’a particulièrement parlé. Le livre cite des études qui montrent que le multitâche réduit la productivité de 60% et fait chuter le QI de plus de dix points sur le moment. Dans mon activité, que ce soit pour accompagner quelqu’un qui rédige son dossier VAE ou pour organiser ma propre semaine de solopreneuse entre formations, VAE et bilans, cette idée de blocs de concentration sans interruption plutôt que du multitâche permanent est un rappel utile, et un conseil que je redonne volontiers à mes accompagné·es qui peinent à avancer sur leur dossier professionnel : une seule tâche à la fois, un environnement sans notification, plutôt que d’essayer de tout mener de front.

Ce que ça change, concrètement

  • Le schéma à quatre cercles reste un très bon outil — je continue à l’utiliser en bilan de compétences, il fait ses preuves. Mais je le présente maintenant pour ce qu’il est : une adaptation occidentale utile, pas une sagesse ancestrale japonaise.
  • L’ikigai japonais rappelle une chose essentielle : le sens ne se limite pas au travail. Un projet professionnel épanouissant est important, mais ce n’est qu’une partie de ce qui donne envie de se lever le matin.
  • La concentration sur une seule tâche reste l’un des leviers les plus simples et les plus négligés pour avancer sur un projet qui compte — un dossier VAE comme n’importe quel autre.
  • Se méfier des raccourcis culturels dans le développement personnel, un concept peut être authentique dans son nom et complètement réinventé dans sa forme la plus connue.

Le livre, si tu veux le découvrir (pour la partie longévité et mode de vie, pas pour le schéma des quatre cercles) : Ikigai, Héctor García et Francesc Miralles.

Et pour utiliser le schéma des quatre cercles de façon guidée, en autonomie, j’ai construit mon propre outil Ikigai en ligne — utilisé dans mes accompagnements en bilan de compétences. [Découvrir l’outil Ikigai →]


FAQ

Le schéma des 4 cercles ikigai est-il alors inutile ? Non — c’est un outil de réflexion pertinent, simplement mal attribué culturellement. Son utilité en bilan de compétences reste réelle.

Le livre parle-t-il quand même un peu du sens au travail ? Oui, notamment via tout un chapitre sur l’état de flux (concentration, techniques anti-multitâche) et le fait que beaucoup de centenaires japonais ne prennent jamais vraiment leur retraite — mais ce n’est pas son sujet central.

Faut-il lire ce livre pour utiliser l’outil des 4 cercles en bilan de compétences ? Non, les deux fonctionnent indépendamment l’un de l’autre.

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