Je vais être honnête avec toi dès la première ligne : Et si nous inventions notre vie ? Mille façons de se respecter, de Jacques Salomé, ne fait pas partie des livres qui m’ont retournée. Trois étoiles, pas plus, un style parfois daté, des redites. Mais il y a une définition, à la page 249, que je n’ai pas pu lire sans penser directement à mes accompagnements en bilan de compétences, en VAE et en formation.
Une définition qui remet les pendules à l’heure
Salomé écrit : « J’appelle pour ma part développement personnel toute démarche de changement dans laquelle je prends le risque de m’auto-responsabiliser, en vue de remettre en cause — pour en comprendre le sens et pour dynamiser autrement — mes modes de pensée, mes croyances, mes certitudes et mes comportements au quotidien. »
Quand je lis ça, je ne pense pas à de la thérapie. Je pense à ce qui se passe, très concrètement, dans un bilan de compétences, dans un accompagnement VAE, ou même dans une formation qu’on décide de suivre à un moment charnière de sa vie. Ce sont des démarches de développement personnel qui ne disent pas leur nom, souvent réduites, dans la tête des gens, à des cases administratives à cocher (« faire mon bilan pour mon CPF », « faire ma VAE pour le diplôme »). Alors qu’en réalité, on y remet en cause ses certitudes sur soi-même, son parcours, sa légitimité.
Les quatre pôles qui se retrouvent dans mes accompagnements
Le livre distingue quatre axes du travail sur soi : la relation à l’autre, la relation à soi, la relation à son histoire, et la relation au divin. Les deux du milieu, je les vois à l’œuvre à chaque accompagnement :
La relation à son histoire — « Comment puis-je développer une capacité plus grande à établir des « reliances », des passerelles pour accéder au sens des événements de mon histoire et entendre l’impact profond des personnages significatifs qui ont jalonné mon existence ? » C’est exactement le travail d’un bilan de compétences : relier les expériences éparses, leur donner un sens qu’on ne voyait pas de l’intérieur. C’est encore plus vrai en VAE, où il faut littéralement mettre des mots sur des années d’expérience qu’on a souvent minimisées soi-même.
La relation à soi — « Comment puis-je développer ma capacité à devenir un meilleur compagnon pour moi-même, à cesser d’entretenir souffrance et persécution à mon encontre ? » Combien de personnes j’accompagne qui se parlent, intérieurement, avec une dureté qu’elles n’auraient jamais avec quelqu’un d’autre ? Le bilan, la VAE, la formation, deviennent souvent le premier espace où quelqu’un leur dit : ce que tu as fait compte, et tu n’as pas à te justifier de vouloir autre chose.
Le passage qui m’a le plus marquée — et qui n’a rien de rassurant
Voici la phrase qui, je pense, mérite d’être dite sans l’édulcorer : « Dans l’entourage de celui qui l’entreprend, une démarche de développement personnel suscite souvent suspicion, opposition, voire rejet. C’est le risque de l’ouverture au changement. […] « Changer, c’est souvent être amené à modifier son carnet d’adresses ! » »
Je ne dis jamais ça aussi frontalement à mes accompagné·es en début de bilan, mais c’est une réalité que je vois régulièrement : le conjoint qui s’inquiète, l’ami qui minimise (« tu es bien où tu es, non ? »), le collègue qui se sent presque jugé par la décision de l’autre de partir. Se reconvertir, valoriser son expérience par une VAE, ou simplement se former à quelque chose de nouveau, ce n’est jamais neutre pour l’entourage. Salomé a raison de le nommer sans détour : « nouveaux choix de vie professionnelle, remise en cause des engagements affectifs ou amoureux… »
Je ne le dis pas pour effrayer qui envisage un bilan de compétences. Je le dis parce que le savoir à l’avance change tout : ce n’est pas un échec relationnel si ton entourage réagit mal à ton projet. C’est, statistiquement, ce qui arrive presque à chaque fois que quelqu’un change vraiment.
Ce que ça change concrètement dans mes trois activités
- En bilan de compétences : je prépare désormais mes accompagné·es à cette possible résistance de l’entourage, plutôt que de les laisser la découvrir seul·es et s’en sentir coupables.
- En VAE : je passe du temps à faire « relier » l’expérience de la personne à son histoire, pas juste à cocher des compétences dans un référentiel, c’est ce travail de « reliance » qui donne du sens au dossier, et pas seulement de la conformité.
- En formation : je rappelle que suivre une formation à un âge ou dans une situation où on culpabilise (« je devrais déjà savoir faire ça »), c’est déjà une démarche de développement personnel au sens de Salomé, un choix de « dynamiser autrement » ses certitudes sur soi.
Le fil est le même partout : ces trois démarches ne sont pas de simples formalités. Ce sont des vraies démarches de changement, avec ce que ça implique de risque, de courage, et parfois de solitude temporaire.
Le livre, si tu veux te faire ton propre avis (attention, prévois un peu de patience sur le style) : Et si nous inventions notre vie ? Mille façons de se respecter, Jacques Salomé.
FAQ
Pourquoi mon entourage réagit mal à mon projet de reconversion ou de bilan de compétences ? Parce que ton changement déstabilise aussi leurs propres repères et habitudes. Ce n’est pas un rejet de toi en tant que personne — c’est une réaction quasi systématique face à tout changement réel, chez qui l’entreprend comme chez son entourage.
Un bilan de compétences ou une VAE, c’est vraiment comparable à une démarche de développement personnel ? Oui, dans le sens où ces démarches amènent à remettre en question ses certitudes sur soi-même et sur son parcours — ce n’est pas qu’une formalité administrative, même si le résultat final (un projet, un diplôme) en a l’apparence.
Comment éviter que mon entourage me fasse douter de mon projet ? Tu ne peux pas totalement l’éviter, mais tu peux t’y préparer : savoir à l’avance que des résistances ou des doutes extérieurs sont probables t’aide à ne pas les prendre comme un signal que ton projet est mauvais.


